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Le phénomène "Sephora Kids"... Gloss qui peut !

  • Photo du rédacteur: Maison Ikigai
    Maison Ikigai
  • 21 janv.
  • 9 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 10 heures

Des fillettes tout juste au CP qui parlent face caméra de leur "routine beauté", des préadolescentes qui investissent les rayons cosmétiques pour acheter de l'anti-cerne - ce phénomène baptisé "Sephora Kids" cumule 500 millions de vues sur Tiktok et a débarqué en Europe. Il inquiète les autorités, les parents et les Experts de la peau. Entre packagings acidulés, ton enjoué et réalités santé... décryptage !




Un produit cosmétique ? au delà d'une simple crème...


Un produit cosmétique, même si son univers apparaît glamour et bienfaisant, ce n'est pas un produit anodin. De quoi parle t'on exactement ?

Selon la réglementation européenne, il s'agit de :

"Toute substance ou mélange destiné à être mis en contact avec les parties superficielles du corps humain (l’épiderme, les systèmes pileux et capillaire, les ongles, les lèvres et les organes génitaux externes) ou avec les dents et les muqueuses buccales, en vue, exclusivement ou principalement, de les nettoyer, de les parfumer, d’en modifier l’aspect, de les protéger, de les maintenir en bon état ou de corriger les odeurs corporelles"


Concrètement - les produits de soins pour le visage et les cheveux, le maquillage, les protections solaires, les shampoings, les dentifrices, les vernis à ongles, les parfums, les déodorants et les colorations capillaires sont des cosmétiques.


Le rituel Beauté - entre tradition ancestrale et controverses


L'utilisation du maquillage chez les jeunes populations remonte parfois à une longue tradition - déjà décriée :

  • Dans certains pays du Moyen-Orient et d'Afrique, il est d'usage d'appliquer du khôl (le surma) dans les yeux du nourrisson afin qu'ils soient bien noirs et brillants - gage d'une "bonne santé oculaire" et d'un "mauvais œil" éloigné. Une pratique dangereuse, responsable d'intoxications au plomb - chez les touts petits.

  • En Asie, le fond de teint blanc uniforme des Geishas (l'oshiroi) est utilisé pour obtenir un teint porcelaine, signe de noblesse, hautement convoité mais historiquement à base de substances toxiques comme le plomb ou le calomel, même si des alternatives plus safes existent aujourd'hui.



Un Business douillet mais pour quels impacts santé ?


On est loin de l'époque où l'on faisait "la grande" en appliquant la crème NIVEA de sa maman et ou l'on se "vernissait" soigneusement les ongles avec du babybel. Depuis, le marketing a fait son œuvre et un nouveau concept a vu le jour dans les années 2000 : le concept de KGOY (Kids Getting Older Younger). Kézako ? Traduction: « Les enfants vieillissent de plus en plus jeunes ».

BINGO ! une nouvelle cible commerciale prometteuse et très influençable pour les annonceurs : les 8-12 ans.

20 ans plus tard, les influenceuses et Tiktok ont poussé la tendance à son paroxysme. Sur le marché, cela donne des produits très mignons, aux codes colorés de smarties ou pastel de l'enfance. Les descriptifs y sont souvent gourmands et doux (ex: "une chantilly lavante" pour un gel douche, un "baume bisou" pour un baume à lèvres) et les illustrations enfantines. Sous couvert d'allégations "hypoallergénique", "clean", "naturel" ou "bio"... ou "testé sous contrôle dermatologique /pédiatrique".



Sauf que la cosmétique n'est pas un jeu !



Comme nous le rappelle Céline Couteau, Dr en Pharmacie et autrice de plusieurs livres :


"La peau des tout-petits est 5 fois plus fine que celle des adultes

et absorbe jusqu’à 60 % des substances appliquées",


"Plus l’enfant s’expose tôt et de manière chronique,

plus il risque de se sensibiliser à certains produits et de développer une allergie,

sous forme d’eczéma, d’urticaire, voire d’asthme."


Selon P. Vabres, professeur de dermatologie au CHU de Dijon et membre de la Société Française de Dermatologie (SFD),


"Mettre des produits dont on ne connaît pas les effets

sur la peau d’un enfant qui est en train de développer son immunité

n’est pas anodin. »



Risques cutanés


Parmi les produits proposés aux enfants et ados, beaucoup ne sont pas appropriés pour leurs âges, que ce soit dans le type de produits (sérum, crème de nuit, exfoliant, eau micellaire), dans la formulation (alcool, parfum, silicones, phytooestrogènes) ou dans les routines excessives (double nettoyage, supperposition de produits).


On retrouve par exemple des substances photosensibilisantes comme les huiles essentielles, qui vont sensibiliser la peau aux rayons UV ou encore certaines formes d’acide hyaluronique qui peuvent irriter l’épiderme et déclencher des rougeurs, voire même des brûlures.


Ou encore la molécule à la mode bakuchiol, présenté comme le "rétinol végétal". Sauf que c'est un phytoœstrogène, c'est à dire qu'il a des points communs avec les hormones sexuelles féminines. Conséquence : les phytoœstrogènes peuvent se fixer sur les récepteurs de ces hormones et altérer le fonctionnement des cellules et donc avoir des impacts néfastes sur la santé.

De manière générale, un excès d'hygiène de la peau peut créer des rougeurs, sécheresse, inflammations chroniques, allergies et déséquilibrer le microbiote cutané.


Impact psychologique


Derrière ce phénomène se dessine aussi un réel impact sur la santé mentale, amplifié par les réseaux sociaux :

La peur de prendre de l'âge n'est plus réservée aux adultes, elle s'étend désormais aux enfants et adolescents, en quête d'apparence parfaite.


Santé mentale des adolescents

Les études sont claires :

  • augmentation de la dysmorphophobie (décalage pathologique entre la réalité et la manière dont une personne perçoit son corps)

  • hypersexualisation précoce des jeunes filles

  • engrenage dans l'hyper-consommation dès le plus jeune âge

  • isolement social par peur d'être vues sans maquillage ou filtres

  • et une tendance à prioriser leur budget dans des cosmétiques plutôt que d'autres centres d'intérêt plus propices à développer sainement leur confiance en soi (sport, arts etc)

  • augmentation de la dermorexie (rapport compulsif et obsessionnel à l’apparence de la peau). Une personne dermorexique est en "quête extrême de pureté, de netteté, de lissage, qui ne laisse aucune place à l’imperfection... ni à la réalité biologique de la peau. Elle touche énormément les jeunes générations", selon le Dr Benouaiche, chirurgienne esthétique à Paris.


Exposition aux perturbateurs endocriniens


Les perturbateurs endocriniens sont des molécules, d'origine naturelle (ex: phyto-œstrogène) ou encore synthétique (ex: bisphénol A) qui perturbent le fonctionnement normal du système hormonal (l'hypothalamus, l'hypophyse, la thyroïde, les testicules, les ovaires, les glandes surrénales, le pancréas) et que l'on retrouve dans notre quotidien. Des études ont montré que même à faible dose, ils peuvent avoir des effets néfastes sur la santé (obésité, diabète, infertilité), sans parler du fameux "effet cocktail" lorsque nous sommes exposé*es à un mélange de perturbateurs dont les effets peuvent s'additionner ou s'amplifier. Ces effets peuvent même s'exprimer sur plusieurs générations. C'est un sujet de santé publique.


Les perturbateurs endocriniens agissent de 3 façons :


1) ils miment l'action d'une hormone pour prendre sa place

2) ils bloquent l'hormone naturelle et agit en se fixant à sa place sur les récepteurs

3) ils perturbent en modifiant les effets d'une hormone ou sa circulation dans l'organisme


Or il y a des périodes de notre vie où nous pouvons être plus sensibles aux perturbateurs endocriniens (période prénatale, enfance, (pré)puberté, grossesse).

La peau des enfants et adolescents est en pleine maturation, leur système hormonal en pleine construction et leur barrière cutanée fragile !


Où se trouvent t'ils ?


Partout, dans notre quotidien :

1) dans notre environnement (l'air que nous respirons) - par inhalation

2) dans notre alimentation, prise de médicaments, produits à lèvres - par voie orale

3) dans ce que nous appliquons sur notre peau et qui peut pénétrer - par voie cutanée


A date, étant donné qu'il n'y a pas de définition règlementaire commune à l'ensemble de la législation européenne, il n'y a pas de réglementation propre aux perturbateurs endocriniens.


La France en a tout de même fait un sujet de santé publique et mis en place depuis 2022 la loi AGEC. Celle-ci introduit une obligation d'information pour tout acteur commercialisant des produits contenant des substances identifiées par l'ANSES comme présentant des risques de perturbation endocrinienne.

906 substances à potentiel de perturbation endocrinienne ont été identifiées à ce jour. Elles doivent être évaluées en vue d'un classement selon 3 catégories "avérées, présumées ou suspectées" (niveau I, II et III).

La liste des perturbateurs endocriniens est disponible et mis à jour régulièrement sur le site edlists.org.



A noter que malgré une règlementation européenne stricte, les produits étrangers vendus sur Internet échappent à ces normes. Donc privilégiez les marques françaises vendues dans des boutiques sérieuses.


Comment les éviter au maximum ?


Privilégiez les marques bio plutôt que conventionnelles qui utilisent généreusement des dérivés de pétrole [Paraffinum Liquidum, Cera Microcristallina pour citer les plus connus] et silicone dans leur formule [reconnaissables par leur fréquente terminaison en "-cone" ou "-xane", diméthicone, cyclopentasiloxane).


Une étude américaine réalisée en 2016 sur une centaine d'adolescentes a d'ailleurs démontré que l'utilisation de cosmétique bio permettait de diminuer la quantité de produits chimiques contenant des perturbateurs endocriniens dans l'organisme (lien de l'étude ci-dessous).


Donc, focus sur :

  • les petites marques françaises

  • si possible locales (notre Sud-Ouest regorge de pépites !)

  • biologiques, certifiées COSMOS ORGANIC (les dérivés du pétrole sont interdits en bio)

  • sans alcool, sans parfum, sans colorant, sans huiles essentielles

  • aux formules ultra minimalistes et idéalement compréhensibles sans être chimiste

A noter que certaines petites marques qui auraient le potentiel d'être certifiables ne portent pas forcément le label bio sur leur packaging pour des raisons de budget et préfèrent investir dans leur R&D ou la qualité de leur sourcing (parce que OUI, avoir la certification bio sur le packaging, c'est onéreux).


A contrario, de gros acteurs ont le label bio mais quand on regarde leur INCI de plus près, on se rend compte qu'ils ne sont pas aussi exigeants et bien travaillés que certaines petites marques. Pourquoi ?

Leur important volume de vente les rend attrayants pour leur organisme certificateur tel que Ecocert, Cosmécert ou Bureau Veritas. En effet, plus le chiffre d'affaires des produits certifiés bio est élevé, plus la redevance annuelle pour l'organisme grimpe.


C'est un business "gagnant-gagnant"

Bienvenue dans les coulisses !

Le business de l'industrie cosmétique

Alors, quels soins choisir pour nos enfants ?


Retour au bon sens :


"Les seuls cosmétiques dont un enfant a besoin sont les produits d’hygiène,

un gel douche, un shampoing, un dentifrice et un produit solaire

en cas d’exposition au soleil. C’est tout."

Laurence Coiffard, professeure de cosmétologie


Une peau d'enfant - bien sûr hors maladies dermatologiques - n'est ni trop sèche, ni trop rouge, ni trop grasse, ni trop pigmentée, ni ridée, ni abimée par le soleil. Ce dont la peau a besoin :

  1. Une toilette à l'eau avec un nettoyant doux (cf. exemples ci-dessous)

  2. Être bien séchée


Quelques exemples de savons français (majoritairement du Sud-Ouest - Gers, Bordeaux, Biarritz), aux formulations minimalistes et vraiment clean :



A l'inverse des marques "pour enfants" citées plus haut, on dénombre en moyenne une trentaine d'ingrédients dans leur formulation, dont certains sont habituellement utilisés dans des formulations pour adultes uniquement (!), comme :

Cosmétiques pour enfants danger !

  • du parfum [parfum/fragrance]

  • des colorants [CI xx]

  • de l'alcool [alcohol]

  • ou encore des silicones [amodimethicone]


On est loin des termes simples et compréhensibles d'huiles végétales ou de beurre cités plus haut - à vos cours de chimie, prêts GO :


" Ma crème d'amour - pour les 7/8 ans" de OUATE : 24 ingrédients

AQUA, GLYCERIN, PROPANEDIOL, COCO-CAPRYLATE/CAPRATE, BUTYROSPERMUM PARKII BUTTER (SHEA BUTTER), JOJOBA ESTERS, 1,2-HEXANEDIOL, RUBUS IDAEUS (RASPBERRY) SEED OIL*, SQUALANE, HYDROXYETHYL ACRYLATE/SODIUM ACRYLOYLDIMETHYL TAURATE COPOLYMER, CARBOMER, GLYCERYL CAPRYLATE, PARFUM/FRAGRANCE, SODIUM HYDROXIDE, TRISODIUM ETHYLENEDIAMINE DISUCCINATE, HYDROLYZED ALGIN, POLYSORBATE 60, SORBITAN ISOSTEARATE, AMODIMETHICONE, TOCOPHEROL


"La crème visage Sensidouce - à partir de 3 ans" de NOUGATINE : 27 ingrédients

AQUA (WATER), DICAPRYLYL ETHER, CETEARYL ALCOHOL, GLYCERYL STEARATE, CAPRYLIC/CAPRIC TRIGLYCERIDE, ISOPROPYL MYRISTATE, PRUNUS AMYGDALUS DULCIS (SWEET ALMOND) OIL, POTASSIUM PALMITOYL HYDROLYZED WHEAT PROTEIN, GLYCERIN, MACADAMIA TERNIFOLIA SEED OIL, BUTYROSPERMUM PARKII (SHEA) BUTTER , MEL (HONEY) , ACER SACCHARUM (SUGAR MAPLE) SAP *, ALLANTOIN, AMMONIUM ACRYLOYLDIMETHYLTAURATE / VP COPOLYMER, PARFUM (FRAGRANCE), BENZYL ALCOHOL, CARBOMER, DEHYDROACETIC ACID, SODIUM HYDROXIDE, TOCOPHERYL ACETATE, T-BUTYL ALCOHOL, TOCOPHEROL, VANILLIN, CI 17200 (RED 33)


Ces molécules permettent d'avoir une texture onctueuse sur la peau, non collante, non brillante, soyeuse, douce, parfumée, parfois colorée parce que c'est mignon...


A t'on vraiment besoin d'un cocktail de 27 molécules

sur une peau d'un enfant de 3 ans ?

S.É.R.I.E.U.S.E.M.E.N.T ?


Protection solaire pour les enfants

Quid de la crème solaire (utile mais...)


  • AVANT 6 MOIS (nourrisson) : peau très perméable. Pas d'utilisation de crème solaire

  • APRES 6 MOIS : utilisation en derniers recours uniquement, sur les petites zones non couvertes comme le visage ou les mains. En revanche, fortement recommandé par les Experts : PAS D'EXPOSITION DIRECTE AU SOLEIL AVANT L'ÂGE DE 2 ANS


Et même après 2 ans, le bons sens (encore celui-là !):


  • Éviter les heures d’ensoleillement maximal (entre 12h et 16h), surtout en été.

  • Privilégier l’ombre (parasol, chapeau à large bord, vêtements couvrants en coton léger).

  • Appliquer une crème solaire adaptée (sans parfum, filtre minéral dioxyde de titane ou oxyde de zinc car moins irritant).

  • Privilégier les galéniques crèmes plutôt que les sprays (car risque d'inhalation des substances et mauvaise répartition du produit)

  • Éduquer les enfants sur le soleil (bienfaits: synthèse de la vitamine D certes mais protection nécessaire)


Pour en savoir plus, toutes les sources et études scientifiques sont disponibles ci-dessous.


Allez, posons l'anti-cerne et allons regarder Dora l'exploratrice... ou danser la K-Pop :)


Bonne lecture


Aurélie, Maison Ikigai


Sources :


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